Fermalab : Des micro-usines en conteneur pour permettre la transformation agroalimentaire à la ferme

Entretien avec Lilian Stigliani, cofondateur de Fermalab.

logo fermalab

Bonjour Lilian, pouvez-vous nous présenter rapidement Fermalab ?

Avec plaisir ! Fermalab, c’est une aventure qui a commencé en 2019 à l’initiative de ma grande sœur et de moi-même. Nous sommes installés à Mauvezin, dans le Gers et nous commercialisons des micro-usines de transformation agro-alimentaires comme des yaourteries, des conserveries… La particularité, c’est que nous avons condensé ces usines au maximum pour pouvoir les faire rentrer dans un conteneur. Et c’est cette usine conteneurisée que nous livrons -clés en main – à nos clients agriculteurs.

Le but pour eux c’est de pouvoir ramener des activités de transformation à la ferme et ainsi apporter de la valeur ajoutée à leur exploitation, le plus simplement et le moins cher possible.

Grâce à ça, nous voulons que la filière des produits transformés puisse s’inscrire elle aussi dans une logique de circuit court et qu’elle puisse être investie par plus de petits acteurs.

conteneur fermalab
L’Ovo’Lab : atelier de calibrage et d’emballage d’oeufs (Fermalab)

Quels types d’ateliers avez-vous développés jusqu’à présent et quels ont été les défis que vous avez rencontrés ?

Nous avons commencé en créant des yaourteries, c’est là où nous avions senti le plus de besoins. Aujourd’hui il y en a environ 14 qui sont opérationnelles, et qui ont été rejointes au fur et à mesure des demandes et de notre R&D par des conserveries, des abattoirs de volaille, des huileries, des sas sanitaires …

Ça n’en a pas forcément l’air, mais c’est un grand défi technique de faire rentrer une usine entière dans un si petit espace ! Figurez-vous que nous utilisons des conteneurs bruts de 20 pieds dont l’emprise au sol est de 13 m2. Et dans cet espace, il faut faire rentrer tout le matériel, respecter les normes d’hygiène, les marches en avant, les sas sanitaires, le froid … tout en restant ergonomique pour les utilisateurs ! Cela a nécessité beaucoup de R&D au début du projet. Par exemple pour la yaourterie, nous avons mis 3 à 4 mois pour mettre au point notre version finale.

dimensions type conteneur
Dimensions d’un conteneur standard de 20 pieds

Est-ce que tous ces efforts ont porté leurs fruits ?

Depuis 2019, nous avons mis en place 49 ateliers de transformation et construit 9 modèles différents. En 2023, Fermalab a généré un chiffre d’affaires de 1,2 millions d’euros grâce à la mise en service de 29 ateliers. Par-dessus tout, nous avons de bons retours de nos clients qui nous confirment qu’il y a un vrai marché et que notre offre crée véritablement de la valeur.

Nous avons eu certaines propositions d’élargir notre gamme de produits en produisant des bureaux ou des logements dans des conteneurs mais, forts de cette conviction qu’il y a déjà un marché conséquent dans les usines de transformation et que notre expertise est avant tout un savoir faire très technique de conception et de respect des normes, nous sommes restés sur notre segment de marché initial.

 

Comment se passe concrètement la commercialisation et la mise en place d’un conteneur Fermalab ?

Une fois que vous avez choisi le modèle qui convient le mieux à vos besoins, il faut compter entre 12 à 16 semaines pour assembler l’usine. C’est un des gros avantages de notre offre, car on peut livrer une usine toute entière en un délai très court. Et l’installation l’est tout autant puisqu’on livre les ateliers clés en mains : en quelques heures l’atelier peut-être opérationnel.

Pour ce qui est du prix, il est très variable entre 15 000 et 200 000€ selon la technicité et le niveau d’équipement intégré à l’atelier.

livraison d'un conteneur
Livraison d’une conserverie au tiers-lieu du Talus, à Marseille (Fermalab)

Qu’est-ce qui vous anime dans ce projet ?

Tout d’abord, j’ai un lien étroit avec le milieu agricole, car tous mes grands-parents sont agriculteurs ou éleveurs, j’ai donc toujours évolué dans cet environnement. J’ai également une autre société spécialisée dans la construction de bâtiments d’élevage à destination des plus grandes exploitations. Les défis sont différents car les bâtiments que je construis avec cette société sont beaucoup plus grands et ne répondent pas aux mêmes besoins.

Pour autant, j’ai la conviction profonde que les circuits courts peuvent représenter 20 à 30% du marché des produits transformés et qu’il y a de la place dans ce marché pour des acteurs de toutes les tailles. Le problème c’est que depuis longtemps, les exploitations agricoles ont été réduites à leur simple activité de production donc il y a un certain nombre de verrous à lever pour généraliser la transformation à la ferme (transformation, conditionnement, commercialisation etc.).

En particulier, l’accès à des usines de transformation spécialisées en est un que nous tentons de faire sauter avec Fermalab. 

 

Que peut-on vous souhaiter pour la suite?

Notre ambition est de rester une société à taille humaine, mais nous souhaitons élargir notre gamme de micro-usines et augmenter nos volumes de ventes. Alors tout ce qu’on peut nous souhaiter c’est de continuer de se développer et de créer de nouveaux projets toujours plus utiles !

 

L’avis de FoodBiome

Les questions de démassification de la filière de transformation alimentaire et de reconquête de la chaîne de valeur par les exploitations agricoles sont très complexes, largement entremêlées et auxquelles il est difficile de répondre simplement. 

C’est pourtant le combat qu’a choisi de mener Fermalab en investissant le champ de la transformation à la ferme.

De prime abord, vouloir transformer sur site les produits de la ferme, c’est un peu ouvrir un peu plus grand la boîte de Pandore : la transformation industrielle requiert des investissements conséquents, une expertise très distincte de celle des agriculteurs, une main d’œuvre supplémentaire …

Fermalab propose plutôt de la refermer avec ses micro-usines bon marché, standardisées et modulables. Sa solution nous a convaincu et -au vu des commandes reçues- nous ne sommes pas les seuls !