La Malterie de Bretagne : coopérer pour faire vivre nos territoires

A l’origine du projet, un défi commun et rassembleur 

C’est l’histoire de trois brasseurs de bières artisanales bretonnes qui travaillent depuis plusieurs années avec les producteurs d’orge brassicole bio et breton, et qui ensemble sont confrontés à deux défis. 

Le premier, c’est qu’il n’existe pas de malterie locale sur leur territoire, la plupart étant implantée dans les régions céréalières de France. Résultat, ils doivent envoyer leur récolte d’orge (100% issu de l’agriculture biologique) à plusieurs centaines de km (en Belgique ou dans l’Est de la France) pour le transformer en malt, et le faire revenir ensuite produire la bière. L’impact carbone de cette situation n’est pas tenable pour l’ensemble de ces acteurs. 

“C’était le dilemme de notre territoire : on savait produire nos bières localement mais on ne transformait pas sur place notre malt” explique Marc-Olivier Bernard, un des Brasseurs fondateurs. 

“On n’était pas cohérent en termes d’image : on parlait d’une bière bretonne produite localement mais dont la partie maltage était réalisée loin de la Bretagne” nous livre Stéphane Postic, un des agriculteurs associés du projet. 

Le second défi était économique : investir dans une activité de malterie est un investissement trop lourd à porter pour un seul acteur, tant en termes de bâti à mobiliser que d’équipements matériels à engager. 

Le moment de la coopération 

Face à ce double défi, les trois brasseurs bretons concurrents Brasserie de Bretagne, Coreff et Lancelot, l’association locale De la terre à la bière et l’actuel président Jean-Noël Attard, décident de s’associer en 2018 pour relocaliser la transformation d’orge en créant la Malterie de Bretagne. 

« Ça a pris du temps mais on y est arrivé. Les fondateurs du projet ont voulu valoriser l’image de la bière artisanale bretonne, plutôt que les marques individuelles.” partage Stéphane Postic.

Bière
Source : AFP / FRED TANNEAU

Pour incarner pleinement cette culture de la coopération, la Malterie de Bretagne s’est créée en société coopérative d’intérêt collectif à Scaer (29). Elle a associé dès le départ les 3 brasseurs fondateurs, les agriculteurs qui le souhaitaient et l’Association de la Terre à la Bière. La SCIC regroupe aujourd’hui près d’une centaine de sociétaires, dont 45 brasseurs, une vingtaine d’agriculteurs, l’association de la Terre de la bière, 2 collecteurs et 1 collège de contributeurs comme des malteurs qui apportent leur expertise.

“Aujourd’hui on est à peu près 40% des agriculteurs à avoir adhéré. Ça nous donne une voix au projet si on souhaite s’y investir” explique Stéphane Postic. 

Enfin, pour accompagner les investissements nécessaires au démarrage de l’activité qui s’élevaient à hauteur de 1,5 millions d’€, la Malterie de Bretagne a trouvé un soutien auprès de l’Agence Bio et de la BPI. 

Faire vivre un modèle de malterie innovant 

La malterie de Bretagne apparaît aujourd’hui comme une entreprise innovante à plusieurs égards. 

D’abord par son organisation en SCIC. Jean-Noël Attard, président de La Malterie, nous le rappelle “animer un collectif de sociétaires aussi variés est une alchimie de tous les instants à maintenir”. Parmi les clés de réussite, le dialogue et la connaissance des acteurs entre eux.
On peut plus facilement améliorer le produit car on en parle régulièrement tous ensemble” nous partage Stéphane Postic. 

La recherche de qualité tant sur le calibre de la céréale que sur les conditions de stockage et de préservation de l’orge sont des éléments très importants pour assurer la qualité du malt. Ce sujet fait l’objet de discussions régulières entre les agriculteurs, les collecteurs et les brasseurs, tous acteurs du projet, et permet ainsi d’en améliorer la qualité plus rapidement.

Capture d’écran 2022-11-02 à 19.24.28
La germination de l’orge est régulièrement contrôlée. (Le Télégramme/Stéphane Guihéneuf)

Ensuite, face à une contrainte de volume et de place, la Malterie de Bretagne a dû innover pour trouver une unité de production qui assure les trois étapes de transformation au même endroit (trempe, germination et séchage, traditionnellement réalisées à des endroits différents).  Après avoir trouvé l’unité de production innovante, la Malterie a démarré avec des petits volumes de 200 tonnes d’orge malté et atteint aujourd’hui quasiment 1500 tonnes avec la mise en place de 3 lignes de production de ce type et une 4ème est bientôt envisagée. 

Malterie
Le germoir permet de réaliser en un même lieu les trois étapes du maltage ©La Malterie de Bretagne

En relocalisant cette activité de malterie, le prix du malt a augmenté de 20%. Un coût supplémentaire que tous les brasseurs bretons ne peuvent pas encore se permettre, même si aujourd’hui 40% des sociétaires sont des clients réguliers de la Malterie.

Les futurs projets d’équipement pour un 4ème germoir en 2023 devraient permettre d’octroyer une meilleure rémunération aux agriculteurs, mais aussi de réduire les tarifs pour les brasseurs.

Recréer du lien sur le territoire  

A travers l’histoire de la Malterie de Bretagne, s’expriment les différents bénéfices qu’apporte la réimplantation locale des activités de transformation alimentaire. 

D’abord ce projet a permis de recréer du lien entre les acteurs de la filière qui peuvent plus facilement coopérer pour s’améliorer ou se diversifier. 

Ensuite la Malterie assure un débouché local pour les agriculteurs d’orge bio qui pâtissent du ralentissement du marché bio. 

Et enfin, le lien entre consommateur, producteur d’orge et brasseur semble bien renforcé par cette implantation de proximité. 

“La preuve, même les kermesses d’écoles du territoire ont remplacé l’achat de bières de grandes marques par des fûts de nos bières artisanales : c’est plus cher mais il y a une fierté à consommer ce qui a été produit, collecté et transformé sur place” conclut Stéphane Postic. 

 

L’avis de Foodbiome 

Face à un défi de territoire commun, ce projet nous montre qu’un nouveau modèle de filière locale est possible si les conditions de dialogue et collaboration entre les acteurs de l’amont à l’aval, sont réunies dès le départ.
Pour trouver son équilibre économique tout en assurant des prix équitables, la Malterie de Bretagne a fait preuve d’innovation technique et organisationnelle et c’est une culture qui continue de s’incarner dans ses investissements annuels. 
Une approche qui apparaît donc cohérente avec la vision globale que porte la Malterie sur la relocalisation de cette filière, et qui, nous l’espérons, incitera d’autres à le faire.