Revoliva : De l’olivier à l’assiette, un nouveau pacte

Entretien avec Daniel Bodenheimer, co-fondateur de Revoliva.

Logo de Revoliva

Nous avons rencontré l’un des fondateurs de Revoliva, une marque qui bouscule le monde de l’huile d’olive. 

Le constat est préoccupant : près de 60 % des sols européens sont aujourd’hui dégradés, en partie sous l’effet de pratiques agricoles intensives ou super-intensives, marquées par une forte mécanisation, une pression accrue sur la ressource en eau et des cycles de production courts. Dans le même temps, la qualité des huiles d’olive fait l’objet de nombreuses interrogations car 100% des huiles d’olive sont contaminées. Par ailleurs, de manière générale, les agriculteurs ne perçoivent qu’une faible part de la valeur finale, soit environ 8 % de la valeur ajoutée. Plus spécifiquement, dans le monde oléicole, de nombreuses spéculations influencent le prix d’achat de l’huile d’olive, empêchant également les producteurs d’être justement rémunérés. La filière souffre également d’un manque de traçabilité : transport en citerne, oxydation difficile à maîtriser, mélange de lots ou encore usage ponctuel de pesticides difficile à détecter. Enfin, la France reste dépourvue d’une filière structurée, alors que l’Espagne concentre plus de 45 % de la production mondiale.

Face à ce modèle dominant qui appauvrit à la fois les sols et les oléiculteurs, Revoliva propose une alternative : une marque filière au service de l’agriculture régénératrice, avec un réseau de fermes modèles essaimées en Méditerranée, une traçabilité jusqu’à l’assiette et un nouveau pacte de consommation qui reconnecte producteurs et consommateurs. Leur modèle repose sur le parrainage d’oliviers en ligne, permettant de recevoir une fois par an son huile d’olive bio-régénérative issue de la parcelle parrainée. Ils proposent également leurs huiles d’olive aux restaurateurs et bientôt dans des épiceries engagées. Une ambition à la fois économique, agronomique et humaine.

Une oliveraie bio-régénérative

Bonjour Daniel, merci pour ton temps ! Pour commencer, pourrais-tu nous partager la genèse du projet Revoliva ? 

Hello ! L’offre de parrainage de Revoliva a été lancée il y a seulement 3 mois, mais est l’aboutissement de plusieurs années de travail. À la suite de ma rencontre avec José Luis, producteur d’huile d’olive en Andalousie et pionnier de l’agriculture bio-régénérative, alors que je travaillais dans le secteur photovoltaïque, j’ai découvert ses parcelles vivantes et ses pratiques régénératives. J’ai pris conscience à la fois de la richesse de ce modèle et de l’absurdité économique d’une filière où les producteurs ne vivent pas de leur travail, parfois rémunérés à 2,50 €/L pour une huile revendue jusqu’à 14 €/L. 

Avec mon ami d’enfance Fémi, nous avons mené pendant plus de deux ans une exploration à la fois agronomique et commerciale afin de mieux comprendre les enjeux de la filière, fédérer une première communauté de clients engagés et développer notre outil de scoring. Nous avons ainsi décidé d’aider les producteurs à mieux valoriser leurs produits en créant une nouvelle filière de commercialisation.

Aujourd’hui, Revoliva incarne cette démarche via une distribution B2C et B2B. Le principe est simple : il vous suffit de souscrire à un abonnement en ligne pour parrainer un olivier. Vous recevez alors une bouteille rechargeable et un BIB de recharge si vous êtes un particulier, ou directement des BIB si vous êtes un chef. Ce système permet de sécuriser les volumes pour les producteurs, de préfinancer leur récolte, et de doubler leur rémunération.

Revoliva permet également de soutenir et garantir une agriculture régénérative. Nous avons développé un outil permettant de mesurer l’impact de nos producteurs (sols, biodiversité, carbone), en évaluant la régénération grâce à un audit agronomique et une traçabilité parcellaire.

Daniel, Paméla (oléologue) et Fémi

À quoi ressemble la filière oléicole à l’heure actuelle, et quelles en sont les principales limites selon toi ?

Quand on regarde la filière oléicole de près, le tableau est assez sombre. 

Il y a d’abord un véritable problème de qualité : les huiles sont quasiment toutes contaminées par au moins un polluant. Près de la moitié des huiles de supermarché ne sont pas réellement extra vierges et sont oxydées ou rances in fine pas aptes à la consommation.                    

En remontant la chaîne de production, nous constatons que les producteurs sont très mal rémunérés. En Espagne, dans la région de Jaén, qui produit 40% de la production espagnole soit ¼ de la production mondiale , près de 97,95% des exploitations ne seraient pas rentables sans les aides de la PAC (Politique Agricole Commune). Malgré ce rôle dominant, qui permet à la filière oléicole espagnole d’influencer les prix mondiaux, le système reste fragile et déséquilibré : les producteurs espagnols ne vivent pas correctement de leur activité et dépendent fortement des subventions européennes, lesquelles tendent à diminuer. Ainsi, les prix mondiaux se retrouvent en partie indexés sur une filière incohérente car non rentable.

De plus, un défi subsiste au niveau des parcelles et de leur régénération. L’olivier dispose de nombreux atouts pour s’inscrire dans une agriculture régénérative : présence de couvert végétal, abondance de matière organique (branches, feuilles,…) et coproduits comme les grignons issus du moulin. Dans certaines régions, notamment montagneuses, la proximité avec des pratiques d’agropastoralisme permet également d’envisager le pâturage. Tous les éléments sont donc réunis pour régénérer naturellement les sols sans recourir à des apports extérieurs, notamment en azote. Pourtant, dans les faits, les oliveraies sont souvent appauvries, assimilables à des milieux dégradés où dominent engrais chimiques et pesticides. Cette situation contraste avec le potentiel existant, largement sous-exploité, qui permettrait de valoriser localement les ressources organiques disponibles et de restaurer la fertilité des sols. C’est pourquoi, pour sélectionner nos producteurs, nous avons voyagé à travers la Méditerranée et retenu ce que nous appelons les « pionniers » de la régénération : les producteurs les plus avancés en matière de pratiques régénératrices.

Au-delà des enjeux économiques et agricoles, l’huile d’olive constitue un produit profondément symbolique, en sa capacité à recréer du lien à l’échelle méditerranéenne.

La récolte des olives

À l’image des vignerons avec le vin, comment le choix des variétés d’olive permet-il de mettre en valeur le terroir et de sublimer le goût des huiles d’olive ?

Le goût d’une huile d’olive est déterminé par trois éléments : la variété, le moment de la récolte et la technique de transformation au moulin. Il se décline en trois grandes familles : le fruité vert (arômes de tomate, herbes fraîches), le fruité mûr (arômes d’amande, de fruit mûr) et les olives maturées (arômes de tapenade, truffe, champignon).

Il faut savoir qu’il y a entre 2000 et 3000 variétés en Méditerranée. Avec Revoliva, nous avons choisi des variétés emblématiques et autochtones des terroirs sur lesquels nous sommes implantés : la Picual en Andalousie, la Frantoio, Moraiolo et Leccino en Toscane et l’Aglandau en Provence. Nous pouvons travailler une variété en monovariétal, pour en exprimer le caractère propre, ou en assemblage, pour exprimer plutôt le caractère d’un terroir et d’une parcelle. 

L’huile d’olive peut finalement se déguster comme un grand cru en assaisonnement à froid pour sublimer un plat, en plus de son usage quotidien en cuisson.

Des olives fraîchement cueillies

Quels sont les principaux critères pour sélectionner les producteurs que vous accompagnez ? 

Il y a trois filtres : l’impact, la qualité des huiles et le type de projet.

Pour évaluer l’impact, nous utilisons notre outil qui attribue un score de 1 à 100, et nous collaborons uniquement avec des producteurs obtenant plus de 80 points.

En ce qui concerne la qualité des huiles d’olive, la sélection organoleptique que nous réalisons, appuyée par notre formation en oléologie, la science de la dégustation de l’huile d’olive, nous permet d’en garantir la qualité.

Enfin, concernant le type de projet, nous soutenons une agriculture paysanne, portée par des petits et moyens agriculteurs, plutôt qu’une agriculture de firme, financée par des fonds d’investissement qui acquièrent du foncier.

Les producteurs partenaires de Revoliva

Revoliva, c’est aussi une innovation en termes de modèle économique : peux-tu nous en dire plus sur  le parrainage d’oliviers ?

Pour réinventer la façon de vendre l’huile d’olive et valoriser justement le produit, il fallait trouver un nouveau levier. 

C’est pour cela que nous avons créé un système de parrainage. C’est vraiment l’outil qui nous permet de rémunérer justement le producteur. Nous avons une garantie sur toutes nos huiles d’olive : 42,5% du prix final payé par le consommateur revient au producteur. 

En tant que distributeur, nous limitons notre marge au minimum, mais nous y gagnons grâce au modèle d’abonnement annuel : le client paie une fois par an, son panier moyen est plus élevé que pour un achat ponctuel, et la récurrence est assurée. Mais Revoliva n’est pas un simple “intermédiaire” : nous structurons une relation directe, durable et transparente entre le producteur et le consommateur.

Intéressant ! Quels sont vos principaux défis et ambitions ?

Le système de parrainage a fait l’objet d’une pré-commercialisation via une campagne Ulule réussie, lancée en début d’année. Nous avons été numéro deux dans les “projets citoyens engagés”. Il s’agit maintenant pour nous de finaliser la plateforme digitale que nous co-construisons avec nos early-adopters pour lancer officiellement notre offre. Le principal enjeu d’ici là consiste à identifier des médias, mentors et acteurs engagés et influents susceptibles de soutenir notre démarche pour réussir au mieux ce lancement.

Le deuxième enjeu majeur est de croître à un rythme approprié. Il faut être capable de financer notre croissance sans se retrouver en défaut, et surtout de délivrer notre promesse. Beaucoup de campagnes très successful vendent trop et n’arrivent pas à livrer dans les temps. Revoliva a pris le temps de grandir à son rythme et aujourd’hui, c’est plusieurs centaines de parrainages et le lancement prochain d’un e-commerce.

À terme, notre objectif est de développer notre propre réseau de moulins en partenariat avec nos producteurs afin d’intégrer la production de l’olive à l’assiette, et faire passer cette nouvelle filière à l’échelle. Dans nos moulins, nous viserons à réutiliser l’ensemble des coproduits de l’olive, représentant plus de 20% de sa masse totale, et permettant ainsi de refermer le cycle de manière cohérente et durable.

L'écorce d'un olivier

💡L’avis de FoodBiome :

Chez FoodBiome, nous nous intéressons aux acteurs qui réinventent les filières alimentaires en profondeur. À ce titre, Revoliva s’inscrit pleinement dans cette démarche, en choisissant de repenser le système sans compromis. 

Ce qui nous a particulièrement marqués, c’est la cohérence globale du projet : un diagnostic lucide d’une filière à bout de souffle, un modèle économique reconstruit de A à Z, et la conviction que qualité, impact et juste rémunération peuvent aller de pair. Le parrainage d’oliviers dépasse ainsi le simple outil marketing pour devenir un véritable levier structurel au service d’une filière sous tension.