A Estibeaux dans les Landes, l’une des plus grandes forêts comestibles d’Europe prend vie !

C’est un projet qui peut sembler un peu fou : planter, sur une ancienne exploitation céréalière de 7 ha, plus de 60 000 arbres, arbustes et buissons en veillant à obtenir la plus grande diversité possible de végétaux…

C’est pourtant bien ce qu’est en train de réaliser Yoann Lang au cœur des Landes !

Yoann Lang
Yoann Lang, l’exploitant de la Forêt de Higas (© Radio France)

Cet autodidacte, reconverti en agriculture après des expériences en mécanique et informatique, a grandi en étant baigné dans le monde agricole et paysager. 

Il souhaite maintenant mettre en place sur son exploitation les principes les plus poussés de l’agroécologie pour faire de sa ferme un démonstrateur des  impacts bénéfiques de ces techniques permettant de restaurer et régénérer les sols. 

L’objectif est de reproduire, sur la ferme, la diversité de la nature à l’état sauvage. Pour cela, la plantation va se faire en suivant le principe des strates de végétation. Les étages, jusqu’à 7 par endroits, permettront de créer des protections successives pour les végétaux : les grands arbres protégeront les plus petits qui eux-même protégeront les buissons situés au-dessous et qui abriteront les légumineuses. La forêt va aussi être conçue de façon à alterner zones très denses et zones de clairières, plus propices au maraîchage. L’objectif est d’avoir la plus grande diversité de cultures possibles :  fruits, légumes, plantes médicinales, aromatiques, cosmétiques… 

Au total, Yoann souhaite implanter 7 000 espèces végétales !

Après 7 ans de jachère suite à l’arrêt des cultures de céréales, le maraîchage a démarré l’an dernier. L’objectif est d’atteindre, d’ici 2-3 ans, l’équilibre économique de l’exploitation avec cette activité sur une surface de 2 ha. En parallèle, plus de 2000 arbres ont déjà été semés, principalement des espèces endémiques locales (chênes, noyers, châtaigniers, mimosas…) et 60 arbres fruitiers ont été plantés. Il faut maintenant attendre 4 à 5 ans pour que la forêt entre en production.

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Un jeune noisetier (© Forêt de Higas)

L’étape suivante sera l’introduction d’animaux sous les arbres qui, tout en aidant à entretenir les parcelles, participeront à la fertilisation des sols et à la lutte contre les ravageurs. Au total, le site devrait compter des 150 variétés d’animaux, alimentés directement par la végétation, sans apport externe.  

Yoann a construit tout son projet en pleine conscience des enjeux environnementaux et climatiques actuels. Ce modèle de forêt comestible se pose en solution locale face aux enjeux de perte de biodiversité, d’érosion des sols, de sécheresse, de pollution des nappes phréatiques… Un bassin de rétention d’eau est d’ailleurs en cours de réalisation. Il sera alimenté par les eaux de ruissellement qui seront nettoyées par phytoépuration et rejoindront un ruisseau puis un étang. Ce sera là une réserve disponible en cas de besoin même si l’objectif est d’arroser le moins possible. Et la technique semble porter ses fruits ! Alors qu’une grosse canicule a frappé le Sud-Ouest au mois de juin pendant 10 jours, Yoann n’a pas eu besoin d’arroser ses légumes. Cultivés sur un sol riche en matière organique préservant l’humidité, les concombres, courgettes, tomates, aubergines tiennent plusieurs jours sans apport d’eau !

Poivre de Sichuan (© Forêt de Higas)
Poivre de Sichuan (© Forêt de Higas)

Au-delà des fruits et légumes traditionnels de cette région de France, Yoann entend se diversifier et introduire des baies de goji, des citrons Yuzu, des citrons caviar ou encore du poivre de Sichuan pour composer ses haies. Et il ne s’arrête pas là puisqu’il envisage de construire une verrière photovoltaïque, non chauffée, qui abritera bananes, cacao, café, thé, avocats et agrumes. Le ruisseau pourrait y cheminer pour apporter l’humidité nécessaire à ces cultures. Yoann souhaite ainsi montrer qu’il est possible de réduire l’import de ces produits et les impacts qui y sont associés. 

Au-delà des cultures, la diversification de l’activité passera par la mise en place d’une activité apicole gérée par la femme de Yoann, d’ateliers de transformation sur place pour valoriser les invendus ou encore d’héliciculture pour produire de la bave d’escargots bio pour l’industrie cosmétique !

Plan
Représentation schématique du site (© Forêt de Higas)

En peu de temps, Yoann a su diversifier les canaux de commercialisation de ses produits en réussissant à atteindre la GMS (grande et moyenne surfaces), la restauration collective publique en approvisionnant une cantine scolaire, les consommateurs avec une offre de paniers ou encore les commerces de proximité. Il se lance aujourd’hui dans la recherche et le développement avec un laboratoire cosmétique pour cultiver de nouvelles espèces végétales ! 

Avide de partage, Yoann organise de nombreuses visites et rencontres sur l’exploitation (sur rendez-vous), forme des stagiaires et accueille des chantiers participatifs ! Sa position de pionnier en France lui donne de nombreux contacts et il réfléchit même à créer une franchise pour aider et conseiller les futurs installés sur un modèle similaire, en particulier sur les démarches administratives…

C’est en effet un véritable parcours du combattant que ce pionnier a dû affronter pour s’installer sur cette exploitation.

Rejeté par toutes les banques à cause de son parcours atypique et de son modèle de ferme jugé trop novateur, ce NIMA (“Non Issu du Monde Agricole”) est locataire des terres depuis 2021 grâce à l’intervention de Fermes en ViE. Cette foncière solidaire finance l’achat de fermes par l’épargne citoyenne et les mets en location avec option d’achat à des agriculteurs, tous engagés à suivre une charte de pratiques agroécologiques. Yoann espère pouvoir devenir propriétaire rapidement ! 

L’avis de FoodBiome : 

Face aux défis auxquels notre système alimentaire actuel, massifié et standardisé, doit faire face, la Forêt comestible de Higas propose une alternative concrète, valorisant le territoire, ses productions et participant à la régénération des sols et des écosystèmes. C’est toute une transformation du territoire qui est à l’œuvre et qui, nous l’espérons, essaimera très vite ailleurs en France ! 

Pour en savoir plus sur le projet de la Forêt de Higas ou les activités de FoodBiome, n’hésitez pas à nous contacter : contact@foodbiome.fr !