Vers le développement d’une économie circulaire alimentaire

La relocalisation de notre alimentation est essentielle à l’autonomie des territoires, mais ne peut être abordée sans le prisme de l’économie circulaire.

On entend par économie circulaire un modèle de production et de consommation basé sur des échanges entre acteurs qui visent à limiter, réutiliser et recycler les ressources utilisées. Elle se distingue de l’économie linéaire, fondée sur l’extraction, la transformation et la consommation de ressources, finalement créatrice de déchets. 

Un système agricole et alimentaire circulaire peut se concevoir tant à l’échelle de l’exploitation agricole qu’à l’échelle régionale ou nationale, et vise à s’affranchir de dépendances externes, qu’elles soient matérielles, opérationnelles ou financières. 

La structuration des échanges au sein d’un territoire présente l’opportunité d’ancrer l’agriculture dans un système régénératif, de limiter l’impact environnemental de la distribution et de créer de nouvelles sources de revenus pour les acteurs économiques. 

1. L’économie circulaire dans la production agricole

 

Créer un système nourricier circulaire à l’échelle d’un territoire revient d’abord à assurer l’autonomie de nos systèmes de production.

Les nutriments tels que l’azote, le phosphore et le potassium sont essentiels à la production végétale et ainsi intensément utilisés en agriculture, et notamment sous la forme d’engrais minéraux (75 % des engrais en 2013) (Harchaoui S, Chatzimpiros P. 2018). Si la synthèse de l’azote est particulièrement énergivore et dépendante des énergies fossiles, le phosphore et le potassium sont quant à eux issus de l’exploitation minière et ne sont pas renouvelables à l’échelle du temps humain (Les Greniers d’Abondance). 

Notre capacité à nous nourrir durablement est ainsi remise en cause par ce système linéaire dont nous nous sommes rendus dépendants, et qui a par ailleurs un impact lourd sur notre santé, celle de nos sols et de nos écosystèmes

L’essentiel des nutriments apportés aux champs, dont une large part est perdue par évaporation ou lessivage, servent à la production de nourriture humaine ou animale : ingérés puis rejetés, ils sont aujourd’hui très peu valorisés. 

On estime que 80 % de l’azote, 60 % du phosphore et 75 % du potassium que nous ingérons chaque année sont rejetés par les urines  et rejoignent les stations d’épuration où ils sont extraits et détruits avant d’être rejetés dans le milieu (Les Greniers d’Abondance). Au-delà des pertes colossales de nutriments engendrées, ce processus contribue à l’eutrophisation des milieux, tout en étant très coûteux et énergivore.

Phénomène d’eutrophisation à proximité d’une station d’épuration (source : Daniel Poloha)

Notre dépendance à ce système linéaire n’est cependant pas immuable, puisque l’urine a toujours été utilisée comme fertilisant naturel, seule source d’azote avant l’arrivée de la pétrochimie.

Comment, alors, retrouver un système durable de fertilisation des sols ?

L’enjeu réside dans notre capacité à refermer la boucle par une gestion circulaire des nutriments à travers le recyclage des biodéchets et des excrétas (humains et animaux), et valoriser ainsi la biomasse et des co-produits tout au long du cycle de production. 

La fertilisation des champs avec des résidus organiques locaux augmenterait les stocks de carbone dans les sols et limiterait les émissions de gaz à effet de serre liées à la production et au transport des engrais et des minéraux importés (source : Agritop).

Une étude de la Fondation Ellen MacArthur montre en effet que la mise en place d’une économie circulaire dans le monde agricole en Europe permettrait de réduire de 45 à 50 % l’utilisation d’engrais et de pesticides, tout en limitant fortement l’utilisation d’eau, de terres, de combustibles et les émissions de GES. 

Le compostage et la méthanisation

 

Le retour à la terre des nutriments est notamment permis par le compostage de matière organique. Le Club du Retour à la Terre estime que 5% de la surface agricole cultivée en France est fertilisée grâce à des déchets ou des produits organiques qui, lorsque l’on comptabilise les déjections animales, équivalent à l’économie annuelle de 1,3 millions de tonnes d’azote, 1,3 millions tonnes de potasse et 800 000 tonnes de phosphore, pour une valeur totale de 2,5 milliards €.

Des entreprises telles qu’UpCyle ou Les Alchimistes s’engagent dans la mise en place de systèmes circulaires vertueux, en permettant aux biodéchets des villes d’être valorisés en compost, utilisé localement pour l’une, et revendu pour l’autre.

Solution de compostage électromécanique proposée par UpCycle (source : UpCycle)
Collecte de biodéchets en ville, transformé en compost sur le site des Alchimistes (source : Les Alchimistes)
Collecte de biodéchets en ville, transformé en compost sur le site des Alchimistes (source : Les Alchimistes)

D’autres acteurs se penchent plutôt sur la valorisation des gisements de biomasse locaux par la méthanisation. C’est le cas de SUBLIME Energie qui, dans une logique d’économie circulaire, offre un service de collecte, de transport, d’épuration et de conditionnement du biogaz issu de la petite méthanisation agricole, permettant de fournir les exploitations éloignées des réseaux.

Ces projets suscitent des interrogations et des réticences : il y a des nuisances olfactives pour le compost et paysagères pour la méthanisation. Plusieurs solutions sont explorées et le développement de la filière permettra d’aller encore plus loin. La sensibilisation de la population à ces procédés est aussi essentielle pour faciliter leur acceptation. 

Le recyclage des excrétas

Toopi Organics, jeune entreprise française, s’attelle quant à elle au développement d’une solution de valorisation de l’urine humaine en fertilisant biologique, prouvé plus performant que les engrais minéraux.

Des systèmes de production complémentaires

Enfin, Nutreets offre un exemple de système circulaire intégré à l’échelle de l’exploitation. L’entreprise a développé une solution inspirée de l’aquaponie, une méthode qui combine production végétale et élevage de poissons. Ce système est vertueux et circulaire, puisque les déjections animales, riches en nitrates et éléments azotés, sont filtrées, transformées et assimilées par les plantes. L’eau, ainsi purifiée, est réutilisable pour alimenter les bassins de pisciculture.

Principe de l’aquaponie (source : présentation Nutreets)

Au-delà de son système de production, Nutreets pousse la circularité tout au long de sa chaîne de valeur, en travaillant notamment sur la revalorisation de l’énergie fatale.

2. L’économie circulaire dans le reste de la chaîne alimentaire

 

Selon l’ADEME, 10 millions de tonnes de denrées alimentaires sont perdues ou jetées chaque année tout au long de la chaîne, ce qui représente un impact carbone de l’ordre de 15,3 millions de tonnes équivalent CO2 (3% de l’ensemble des émissions de l’activité nationale).

Si l’économie circulaire représente un levier formidable à l’échelle des systèmes de production, elle trouve également toute sa place dans le reste de la chaîne alimentaire. Elle peut s’inscrire à l’échelle territoriale par la promotion de filières d’approvisionnement en circuits courts qui permettent de réduire le transport, l’entreposage et la manutention des produits, et ainsi la consommation de ressources.

Parmi les différentes actions envisagées, la lutte contre le gaspillage alimentaire, la valorisation et la transformation des invendus, ou l’utilisation de matériaux de réemploi sont des actions favorisant l’économie circulaire à l’échelle du territoire.

Là encore, notre écosystème regorge d’initiatives inspirantes. 

Revalorisation des invendus et des écarts de tri à la source

Des acteurs tels que Atypique, Beesk ou Bene Bono luttent contre le gaspillage alimentaire en offrant un débouché aux produits français de qualité, hors normes ou en surplus. 

Produits Bene Bono

Revalorisation des invendus et des écarts de tri par la transformation

D’autres entreprises transforment et valorisent quant à elles directement des produits écartés des circuits traditionnels. C’est notamment le cas de la biscuiterie Kignon, qui crée ses recettes à partir d’invendus de pain bio et de tous types de coproduits valorisables (marc de pommes, drêche de bière…).

Dans le même esprit, Moi Moche et Bon utilise les fruits et légumes “moches”, pour les transformer en jus “bons”, Local en Bocal revalorise des écarts de tri locaux en soupes et tartinades, et Resurrection vend des crackers cuisinés à partir de drêches de bière.

Mesure d’impact Handi-Gaspi (source : site internet kignon.fr)
Mesure d’impact Moi Moche et Bon (source : Moi Moche et Bon)

La vente de ces produits, qu’ils soient bruts ou transformés, constitue un revenu complémentaire pour les producteurs, tout en mettant en valeur et en rendant accessibles les produits de qualité d’un territoire. Ces initiatives contribuent ainsi directement à la restauration du lien alimentation – territoire en incarnant les principes de l’économie circulaire.

Structuration de boucles de réemploi 

Enfin, des activités dans le secteur de la logistique permettent aux acteurs d’un territoire d’adopter des pratiques durables de réemploi. 

Tandis que Pandobac permet l’utilisation par les entreprises de bacs de transport réutilisables, Pyxo résout la question des emballages jetables pour les restaurateurs qui proposent de la vente à emporter. 

Uzaje développe quant à elle le lavage industriel de contenants alimentaires, et Le Fourgon s’est spécialisé dans la distribution à domicile de boissons locales, dont les bouteilles sont consignées et réutilisées. 

Transfert de bouteilles consignées (source : Le Fourgon)
Lavage de bouteilles de bière consignées (source : Uzaje)

L’avis de Foodbiome :

Penser l’économie circulaire à l’échelle d’un territoire revient à favoriser la pluralité d’initiatives complémentaires et la circularité de flux de matériels et de connaissances. Elle crée du lien et des interdépendances entre les bassins de production et les bassins de vie, tout en permettant la transformation profonde de nos chaînes alimentaires.

Le développement de cette économie circulaire suppose la création de pôle de valorisation péri-urbains qui permet aux acteurs de coopérer pour valoriser et recycler 100% de la biomasse à des coûts de rupture logistiques marginaux.

Ce sujet vous intéresse ? 

Foodbiome accompagne des MIN et des foncières publiques et privées dans la mise en œuvre de hub mêlant des productions agricoles et alimentaires, et des activités de compostage, méthanisation et réemploi de contenants notamment.

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