Pour un déploiement de l’agroécologie, avec Graines équitables

Entretien avec Yann Bertin, agriculteur et gérant de la SCIC. 

Bonjour Yann, pouvez-vous nous présenter Graines Equitables ?

Graines équitables est une coopérative que j’ai créée avec 6 agriculteurs en 2014, installée depuis 3 ans dans l’ancienne distillerie de Laure-Minervois (Aude). A l’époque, nous cultivions 650 ha en agriculture biologique dans le Minervois audois et héraultais. Nous étions passionnés du monde de la viticulture et des céréales, et animés par la même envie de soutenir la transition écologique de notre territoire.

Appliquer les principes de l’agro-écologie à travers l’association d’espèces en culture a donc été une évidence pour nous dès la création. Avec nos agriculteurs, nous travaillons les céréales anciennes, en les faisant pousser avec les légumineuses. Pour les céréales plus modernes, nous les cultivons en mélange, en créant des symbioses complémentaires entre les espèces.

“La diversité est source de cohésion. L’homogénéité est source de division”

Aujourd’hui, avec les plus de 50 agriculteurs nous collectons sur plus de 6000 ha des céréales (notamment des blés de variétés anciennes et modernes, du seigle, de l’orge brassicole) , d’oléagineux (tournesol, caméline, chènevis, colza, lin brun et doré,) et de proteagineux (trèfle, luzerne alfafa, pois jaune et vert, lentille, pois chiche, pois carré) en agriculture biologique.

Ensacheuse de Graines Equitables (source : site internet Graines équitables)

Vous semblez adresser des demandes clients très variées, pouvez-vous nous en dire plus ?

L’Aude est un territoire historiquement dédié à la viticulture ou la culture conventionnelle de céréales, qui compte aujourd’hui de nombreuses friches agricoles. La diversité de nos clients convertis à l’agriculture biologique est une vraie richesse et représente l’ensemble des potentiels de l’agro-écologie à l’échelle de toute une région. C’est également une garantie de viabilité économique sur le long terme.

Nous vendons notamment des mélanges céréaliers pour les engrais verts viticoles et en plein champ, des variétés de blés anciens à des boulangers, des graines de moutarde, des fourrages sur pied pour les éleveurs.

Notre rôle en tant que coopérative est de faire en sorte que les activités agricoles soient viables, humainement responsables et contribuent à régénérer nos territoires ”.

Pour garantir le développement de notre activité à long terme et soutenir la vision de la transition écologique que nous portons, nous tenons à engager des contrats de 3 ans avec nos clients.

Des semences de couverts sont produites pour enherber les vignes audoises, et des partenariats avec des bergers optimisent la ressource fourragère. (Source : Biofil - © Camazon S.)

Vous avez connu un développement important ces dernières années, pouvez-nous en dire plus ?

« Nos clients ont des demandes en constante augmentation et nous avions besoin d’un outil collectif pour y répondre »

C’est pour cela qu’à l’été 2021, avec les aides de l’Agence Bio et le Plan Protéines France Relance, la SCIC s’est dotée d’un outil pour le triage de graines cultivées en agro-écologie, à savoir divers mélanges séparés à leur arrivée à notre usine. “C’était un vrai challenge de réussir à allier un mélange avec un outil de triage industriel”. En complément, la SCIC s’est équipée de plusieurs solutions de stockage (en cellule verticale et en big bag).

Trieur rotatif Marot (source : site internet Graines équitables)
Ensacheuse de Graines Equitables (source : site internet Graines équitables)

Aujourd’hui, nos outils sont saturés et nous avons un nouveau projet d’investissement pour multiplier par quatre nos capacités de triage, pré-nettoyage et installer une nouvelle ligne pour les légumineuses, le sans gluten et les engrais verts viticoles qui font face à une demande en forte croissance. On passerait d’un volume annuel de 1900 T en 2022 à 7300 T 2027, et cela permettrait de remettre en culture près de 2000 ha de friches. 

Enfin, d’autres activités de transformation locale seront intégrées en phase expérimentale à ce projet de pôle alimentaire  : l’huilerie à base de colza notamment pour des usages cosmétiques, mais aussi l’huile de caméline et des laboratoires de transformation de moutarde Bio et de production de pâtes. 

C’est un projet qui représente 4 millions € d’investissement dont 2 millions seront autofinancés. En termes de temporalité, on prévoit de lancer les outils et d’être opérationnel avec ces nouvelles capacités en 2025.

L’avis de FoodBiome

En investissant dans les différents outils pour intégrer les étapes de transformation et pré-nettoyage nécessaires à la commercialisation des produits, Graines équitables assure à ses agriculteurs des débouchés variés et permet aux acheteurs locaux d’avoir accès à une offre locale diversifiée. L’implantation des outils de transformation est en effet nécessaire pour valoriser la diversification génétique des cultures. Ce modèle de passage à l’échelle progressif est selon nous indispensable pour garantir la résilience alimentaire de nos territoires et  nous souhaitons le voir se démultiplier. 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site