Réseau Partaage : structurer un réseau PAT à l’échelle du Grand Est 

Entretien avec Charles Thomassin, animateur du réseau. 

Alors que plus de 400 Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) existent aujourd’hui sur le territoire national, ils sont de plus en plus nombreux à s’organiser en réseaux locaux. Dès 2018, le Réseau National des PAT (RnPAT) menait une étude sur le développement d’une dynamique de mise en réseau des PAT au niveau régional. A l’époque, 6 régions avaient été étudiées et aucune d’entre elles n’avait structuré son réseau régional, mais plusieurs avaient cette volonté. En Grand Est, le réseau a été lancé en 2020, et nous avons voulu vous présenter son action concrète.    

Bonjour Charles, nous souhaitions aujourd’hui présenter le réseau Partaage. Peux-tu nous raconter l’origine du projet ?  

Bien sûr. Le Réseau PARTAAGE (Pour une Alimentation Responsable et une Transition Agri-Alimentaire en Grand Est) est né à l’automne 2020, d’une volonté initialement portée par l’ADEME, la DRAAF, puis la Région Grand Est et la DREAL. 

Source : Site internet réseau PARTAAGE

A l’époque, une quinzaine de PAT avaient été lancés à l’échelle régionale, mais nous étions confrontés à deux problématiques : une difficulté à mutualiser les expériences des PAT entre eux et à mobiliser davantage d’acteurs économiques et associatifs, trop peu représentés dans les premiers PAT. C’est face à ce double constat que le réseau régional est né. 

Aujourd’hui notre réseau rassemble plus de 500 acteurs locaux engagés dans la transition alimentaire, quel que soit leur rôle dans la chaîne alimentaire (producteurs, acteurs économiques, collectivités, associations,…). Et bien sûr parmi eux, nous avons le noyau dur des PAT qui sont aujourd’hui 32.

Quelles sont les ambitions du réseau PARTAAGE ?

 

Le réseau est généraliste et accompagne tous les champs de l’alimentation durable. Son objectif premier est d’aider à développer des projets de territoire. Pour cela, il se fixe 4 grands objectifs : 

  1. Fédérer et faire dialoguer les acteurs économiques, acteurs publics et associations pour œuvrer collectivement vers une alimentation plus durable.
  2. Favoriser le partage d’informations et de bonnes pratiques entre les différents dispositifs qui contribuent à l’alimentation durable (les 32 PAT de la Région, les contrats locaux de santés, les Programmes locaux de prévention des déchets ménagers et assimilés)
  3. Permettre la démultiplication des projets d’alimentation durable à l’échelle régionale 
  4. Aider les acteurs de la transition alimentaire à monter en compétences, notamment pour les chargés de Projet Alimentaire de Territoire. 
cartographie projets et acteurs du grand est
Cartographie des projets et acteurs du Grand Est (source : réseau PARTAAGE)

L’alimentation durable recouvre des thématiques très variées de l’amont à l’aval, peux-tu nous dire quels sont les grands enjeux à l’échelle de la Région ? 

 

La vocation du réseau reste de conserver cette dimension généraliste. Pour autant, on constate que les acteurs se saisissent naturellement de certains sujets, et que le réseau est plus proactif pour en pousser d’autres. 

Dans les territoires, les sujets de relocalisation des filières et de précarité alimentaire sont les thématiques qui émergent le plus spontanément. 

A l’échelle régionale par exemple, on sait aussi que la question de la transition des pratiques agricoles et la diversification des cultures est prioritaire et s’incarne notamment dans l’Ambition « Agriculture 2030 ». 

Le Réseau Partage va plus être pro-actif sur deux thématiques en 2024 : 

  • le sujet alimentation et climat, à travers un travail de convergence initié par la DRAAF entre les plans d’action des 32 PAT de la Région et ceux des 77 Plan Climat Air Energie (PCAET) qui visent à réduire l’empreinte carbone du territoire notamment sur le volet alimentation 
  • la question de l’alimentation et de la santé, avec le rapprochement des projets issus des PAT et des Contrats Locaux de Santé, notamment en partenariat avec la Maison de Nutrition à Reims, dans le cadre du Plan Régional Santé Environnement.
  • Enfin, au croisement de ces thématiques, il y a aussi les synergies que nous essayons de créer entre les projets émergents du territoire et la volonté de la région d’améliorer l’offre en produits durables et locaux de qualité dans la restauration collective à travers son programme ADAGE

Peux-tu nous parler plus précisément des actions que tu mènes au quotidien, et un ou deux exemples de projets concrets récents ? 

 

Nous avons plusieurs niveaux d’action. 

Dans un premier temps, nous réalisons un important travail de veille qui alimente notre site web et qu’on relaie à travers notre newsletter (à laquelle sont abonnés +500 personnes). Nous avons également un référentiel de bureaux d’études et experts disponible sur notre site pour guider les membres du réseau vers les bons partenaires en cas de besoin. 

Pour favoriser la collaboration entre les différents acteurs, nous avons lancé une plateforme collaborative il y a 6 mois. Près de 130 membres actifs y partagent des bonnes pratiques ou des ressources. Depuis, peu nous constatons également la création de groupes départementaux réunissant notamment les PAT d’un même département, qui s’organisent ensuite ensemble autour de projets locaux. 

“On se rend compte que l’existence même du réseau PARTAAGE incite les chargés de PAT à penser l’échelle de leurs actions à une dimension plus large, notamment sur les sujets logistiques comme l’ont fait les PAT du département des Vosges

Ensuite, nous organisons plusieurs temps de partage thématiques

  • des webinaires qui réunissent souvent +60 de participants : par exemple sur le volontariat en zone rurale ou la problématique de la qualité de l’eau liée aux pratiques agricoles 
  • des temps de visites “Mets tes bottes et ta charlotte” qui rassemblent près de 20 personnes à chaque fois, pour visiter une conserverie ou un espace test agricole.   
  • et tous les 2 mois, j’anime des temps spécifiques interPAT (2h en visio) pour échanger sur les besoins spécifiques. On complète ces temps d’une rencontre annuelle en physique à l’été. 

Enfin, tout au long de l’année nous co-animons avec plusieurs autres réseaux locaux (les ARIA, les collectivités et le Réseau des collectivités Territoriales pour une Economie Solidaire) des événements sur la transition alimentaire. 

Foire de Châlons 2023 sur le lien entre Projets Alimentaires Territoriaux et Industries Agro-Alimentaires locales
Lien entre Projets Alimentaires Territoriaux et Industries Agro-Alimentaires locales (Agria Grand Est / Savourez la Champagne Ardenne - Club i3A / ARIA ALSACE) - Source : Réseau PARTAAGE

Quel est le modèle économique du réseau ? 

 

Le Réseau est aujourd’hui financé par 3 principaux acteurs publics : 

  • Une subvention tri-annuelle de l’ADEME qui permet de rémunérer une bonne partie du poste salarié. 
  • Et deux subventions annuelles de la DRAAF Grand Est et du Conseil Régional Grand Est 

Pour le reste des coûts (environ 20%), nous arrivons à nous autofinancer par différentes actions de prestations, notamment des formations. 

Quels sont les freins les plus durs à lever pour faire dialoguer les acteurs et monter des projets d’envergure ?

 

Actuellement, notre principal frein pour tenir nos objectifs aussi bien au niveau du Réseau que des PAT, c’est le manque de moyens humains et financiers. Je suis seul animateur à temps plein, et comme tu le vois nous traitons de sujets très larges, par notre vocation généraliste. 

Cette aide par les subventions est un soutien financier indispensable et en même temps son fonctionnement rend la projection en termes de dotation financière, assez incertaine d’une année sur l’autre. 

Certains sujets de la transition alimentaire ne font pas consensus, il est parfois difficile de faire converger tous les acteurs autour d’un objectif commun. Par exemple, travailler sur l’évolution du régime alimentaire et la végétalisation souhaitable de l’assiette nécessite un effort d’alignement.

Dans les modèles de réseau interPAT, il y a généralement deux types de montage : soit les réseaux sont portés en régie par des acteurs publics régionaux (DRAAF, ADEME, etc) soit ils sont animés par des tiers (bureaux d’études ou acteurs du développement local). 

En ce qui nous concerne, le réseau PARTAAGE est hébergé et animé par l’association Citoyens et Territoires qui œuvre dans le développement local, tout en étant financé par des acteurs publics. Ce montage peut parfois être difficilement lisible pour les acteurs de la chaîne alimentaire, qui nous identifient moins bien. 

Le réseau a aujourd’hui 4 ans, comment voyez-vous son développement dans les prochaines années ? 

 

Aujourd’hui, on a toujours ce challenge d’aller mobiliser plus d’acteurs issus des milieux économiques et associatifs. 

On réfléchit aussi à développer des nouvelles sources de revenus : organiser un système d’adhésion payante, monter une offre d’adhésion packagée avec d’autres réseaux professionnels existants, ou encore développer les actions de prestations. 

Ensuite, la question qui se posera à l’horizon de 2 ans environ sera celle de l’avenir de ce rôle d’animation. Soit on arrive à pérenniser le poste et ce rôle parce qu’il est nécessaire, soit on répartit l’animation entre les adhérents du réseau, peut-être en organisant un rôle tournant. 

L’avis de FoodBiome :

 

Par la mise en réseau de tous les acteurs de la transition alimentaire à l’échelle régionale, le Réseau PARTAAGE s’inscrit en cohérence avec l’une des convictions que porte FoodBiome sur le besoin de gouvernance et schéma directeur inter-PAT. 

On le voit, l’existence même d’un réseau structuré à l’échelle régionale incite les acteurs à dépasser leur périmètre et à penser collectivement la portée de leur action à la bonne échelle. Une étape indispensable pour imaginer des financements d’actions ambitieuses.  

Pour autant, le challenge de mobilisation de tous les acteurs de la chaîne (notamment les grands acteurs économiques des filières – GMS, Coopératives agricoles, PME agroalimentaires, Sociétés de Restauration Collective et les entrepreneurs des circuits-courts) reste présent et rappelle l’importance de ce rôle d’animateur tiers-de-confiance pour aligner les intérêts de chacun autour d’un projet de transition commun.