Terres de Sources, protéger la ressource en eau en développant les circuits-courts

Entretien avec Daniel Helle, chargé de développement Terres de Sources

Logo terres de sources

Bonjour Daniel, nous sommes réunis aujourd’hui pour parler de Terres de Sources, un projet qui trouve son origine en 2012, peux-tu nous en dire plus ?

A l’initiative d’un groupement d’agriculteurs, ainsi que de la Collectivité Eau du Bassin Rennais, Rennes Métropole et la Ville de Rennes, une innovation de marché public est créée pour récompenser les agriculteurs s’engageant dans une démarche de protection des zones de captage d’eau potable.

Concrètement, nous avons contourné l’interdit réglementaire européen de mettre des critères liés au local dans les marchés publics alimentaires, en créant un marché public pour la restauration scolaire ouvert aux seules exploitations agricoles situées en amont des zones de captages d’eau potable.

Puis de fil en aiguille, le projet a grandi, jusqu’à la création d’un label Terres de Sources pour permettre d’identifier plus facilement les produits issus des exploitations engagées dans la démarche. Aujourd’hui, nous réunissons près de 120 exploitations agricoles, dont 70% en bio, et une soixantaine de communes.

Label Terres de Source apposé sur des produits de boulangerie locaux (source : page Facebook)
Label Terres de Source apposé sur des produits de boulangerie locaux (source : page Facebook)

Quelles sont les filières engagées dans la démarche ? Avez-vous réussi à rassembler assez largement ?

Oui bien sûr, après 10 ans d’existence, nous couvrons l’ensemble des filières de production présentes sur notre territoire. Nous comptons parmi nos membres des maraîchers, des éleveurs bovins et porcins, des céréaliers, des arboriculteurs. Nous sommes en train de développer de nouvelles filières comme le chanvre ou encore les veaux laitiers. L’objectif est de réussir à embarquer 25% des exploitations d’ici 2028, soit environ 750 fermes. Pour adhérer à Terres de Sources, les producteurs doivent s’engager à respecter un cahier des charges qui interdit l’usage de certains produits phytosanitaires (plus de détails ici), et s’engager dans une démarche de progrès sur plusieurs composantes telles que la biodiversité, les rotations culturales, la fertilité des sols, l’utilisation des ressources en eau.

Panneau Terres de Source

Il n’y a d’ailleurs pas que des producteurs, nous fédérons également des transformateurs, avec un cahier des charges spécifique. Il y a l’exigence d’utiliser un minimum de 50% d’ingrédients agricoles issus d’exploitations Terres de Sources dans les recettes produits ; ainsi que des exigences sur la non-utilisation de certains produits (ex : huile de palme, OGM, ingrédients ultratransformés).

Une des dernières avancées est la création de la SCIC Terres de Sources, peux-tu nous en dire un peu plus sur sa genèse et son périmètre d’action ?

La SCIC Terres de Sources a été créée en février 2022, pour un démarrage d’activité en janvier 2023. L’objectif de la SCIC est de faciliter le développement commercial des producteurs et transformateurs adhérents au label. Concrètement la SCIC fournit plusieurs services à cet effet : achat et revente de produits pour des clients publics et privés, organisation et gestion administrative des commandes, réponse au marché public de protection de la ressource en eau et aux marchés publics classiques, suivi qualité, organisation logistique, service aux producteurs.

Les services associés à la SCIC Terres de Sources (source : site internet)
Les services associés à la SCIC Terres de Sources (source : site internet)

La SCIC a réalisé 500 000€ de CA en 2023, et vise à faire 1,2 m€ en 2024. La gouvernance de la SCIC est structurée en 6 collèges 1/ producteurs, 2/ transformateurs, 3/ collectivités, 4/ initiatives citoyennes, 5/ partenaires financiers, 6/ salariés. Ces collèges rassemblent pour le moment 105 associés au total.

Quels sont les prochains enjeux pour vous ? Que peut-on vous souhaiter ?

D’essaimer ! Une des priorités des prochaines années est en effet d’étendre la démarche Terres de Sources à d’autres territoires. Plusieurs collectivités ont témoigné d’un intérêt significatif pour ce que nous avons développé, comme Nantes, Paris, Strasbourg, Niort, La Rochelle. Nous devons travailler sur le développement des méthodologies et de la gouvernance qui permettront d’accompagner des nouveaux territoires désireux de mettre en place la démarche. Nous prévoyons d’ailleurs de répondre à un appel à projet européen LIFE pour financer cette prochaine phase de développement.

Et puis la priorité principale est bien sûr de poursuivre le développement sur notre territoire : recruter des nouvelles fermes, des transformateurs, pérenniser le label, développer le chiffre d’affaires de la SCIC. Bref, plein de challenges excitants pour les années à venir.

L’avis de Foodbiome sur le projet

Terres de Sources a réussi à innover dans un secteur très réglementé, celui des marchés publics. Et ceci afin de favoriser le développement d’une agriculture agroécologique, et des filières alimentaires de proximité. La création de la SCIC Terres de Sources est un actif stratégique qui permet de lever un des principaux verrou au développement des filières locales : la mutualisation logistique et commerciale. Qui plus est, l’action publique est ici pensée à une échelle suffisante pour délivrer des projets concrets, tangibles, utiles pour les filières agricoles et surtout viables économiquement. C’est donc une très belle initiative à qui nous souhaitons de pouvoir se déployer ailleurs en France !